Communiqué de presse. Paris, mercredi 4 novembre 2026.
Guillaume Jourdain de Thieulloy, directeur de publication du site catholique d’extrême droite « Le Salon Beige », a été condamné le 3 novembre 2026 par le Tribunal correctionnel de Paris pour provocation à la haine et injure homophobes. En cause : un article qui proposait la création de « camps d’internement pour homosexuels ». Saisi par les associations Mousse et Stop Homophobie, représentées par Deshoulières Avocats, le Tribunal rappelle que la liberté d’expression ne protège pas les discours appelant à la haine contre les homosexuels. Deshoulières Avocats représente actuellement des associations de lutte contre les discriminations LGBTI+ dans le cadre de 23 procédures contre des personnalités et des médias d’extrême droite.

« Faudrait-il enfermer les gays ? »
Le 26 juillet 2022, en pleine épidémie de variole du singe, le site « Le Salon Beige » publie un article de Jean-Pierre Aussant qui présente les personnes homosexuelles comme les responsables de sa propagation.
L’auteur y estime qu’il serait « logique » de créer des camps d’internement pour homosexuels pendant la durée de l’épidémie, afin de protéger le reste de la population. Il ajoute : « nous ne voulons pas que les homosexuels contaminent nos enfants ».
Le 22 mars 2023, l’association Mousse dépose plainte avec constitution de partie civile, rejointe par l’association Stop Homophobie. À l’issue de l’information judiciaire, Guillaume Jourdain de Thieulloy est renvoyé devant le Tribunal correctionnel de Paris. L’article n’est plus en ligne aujourd’hui.
Une incitation à la haine et une injure homophobes
Pour sa défense, le prévenu soutenait que l’article ne visait que les hommes ayant des relations sexuelles non protégées avec d’autres hommes. Le Tribunal écarte cet argument : tout au long de l’article, l’auteur vise les homosexuels dans leur ensemble, et les présente tous comme potentiellement porteurs et contaminateurs du virus.
Sur la provocation à la haine, le Tribunal relève que « en appelant à l’isolement forcée des personnes homosexuelles, seule mesure à même d’éviter « le risque de contamination » qui pourrait affecter « les autres couches de la population », ce dernier propos venant confirmer, si besoin était, la désignation d’un groupe homosexuel uniforme et distinct du reste de la population, l’auteur les désigne comme un danger dont il convient de se protéger en prenant des mesures fortes, à la mesure du péril. La référence à l’épidémie du Covid, quand bien même elle est niée par l’auteur, vient faire accroire chez le lecteur l’existence d’une véritable pandémie et l’impératif que constitue l’enfermement de la population homosexuelle. Ce faisant, par cette publication, l’auteur exhorte à la haine et à discrimination par une nécessaire et légitime réaction contre la dangerosité sanitaire supposée du groupe homosexuel, dont l’isolement est présenté comme une nécessité vitale pour le reste de la population. »
Sur l’injure, le Tribunal juge que « dans le contexte déjà évoqué de l’article qui présente les personnes homosexuelles comme un danger sanitaire, le propos « nous ne voulons pas que les homosexuels contaminent nos enfants », toujours par ce même procédé d’essentialisation, dénonce les personnes homosexuelles comme étant des propagateurs d’agents pathogènes. Ce propos est, en soi, outrageant en ce qu’il présente tous les homosexuels comme des vecteurs de maladie, étant relevé qu’il insinue de surcroît que les homosexuels seraient particulièrement dangereux à l’égard « des enfants », catégorie de la population à protéger prioritairement comme étant la plus exposée, suggérant ainsi au lecteur une forme de glissement entre l’homosexualité et pédophilie. »
La liberté d’expression ne protège pas les discours de haine
Le prévenu invoquait la liberté d’expression, protégée par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme. S’appuyant notamment sur l’arrêt Sanchez c. France de la Cour européenne des droits de l’homme (15 mai 2023), le Tribunal rappelle que les propos qui visent à propager, provoquer ou justifier la haine ne bénéficient que d’une protection plus restreinte.
En l’espèce, le Tribunal juge qu’il n’y a pas lieu de faire prévaloir la liberté d’expression, dès lors que le prévenu a fait « le choix de publier des propos qui visent à propager, provoquer ou justifier la haine sur un fondement d’intolérance, et constituent ainsi un discours de haine ».
Les condamnations
Le Tribunal déclare Guillaume Jourdain de Thieulloy coupable d’injure publique et de provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’orientation sexuelle. Pour fixer la peine, il tient compte de la gravité des faits et du casier judiciaire du prévenu, déjà condamné en 2019 pour diffamation. Il le condamne à 2 500 euros d’amende.
Le prévenu devra également indemniser les deux associations et prendre en charge une partie de leurs frais de procédure. Le Tribunal écarte enfin les arguments soulevés par la défense, qui contestait la régularité de la plainte et la recevabilité de l’action des associations.
Ce jugement est susceptible d’appel.
Un site déjà condamné pour injure homophobe
« Le Salon Beige », qui se présente comme un « blog quotidien d’actualité par des laïcs catholiques », n’en est pas à sa première condamnation.
Le 11 septembre 2024, le Tribunal correctionnel de Paris avait déjà condamné Guillaume Jourdain de Thieulloy pour injure homophobe, à la suite d’un article intitulé « Il est interdit de quitter la secte LGBT », qui qualifiait les personnes LGBT d’« inverties » et encourageait les thérapies de conversion. En 2026, la Cour de cassation a par ailleurs reconnu le caractère injurieux de propos de l’abbé Guy Pagès publiés par le site, qui allaient jusqu’à comparer l’homosexualité à la pédocriminalité ou à l’inceste.
Avec ce nouveau jugement, la justice va plus loin : il ne s’agit plus seulement d’injure, mais d’une incitation à la haine envers les personnes homosexuelles.
Un combat qui continue
Cette condamnation n’est pas isolée : Deshoulières Avocats prend actuellement en charge 23 procédures contre des personnalités et des médias d’extrême droite.
Ces actions s’inscrivent dans un contexte de hausse continue des actes LGBTphobes en France. Selon le ministère de l’Intérieur, 4 900 infractions anti-LGBT+ ont été enregistrées en 2025, après une hausse moyenne de 13 % par an entre 2016 et 2024. En 2024, plus de la moitié de ces infractions relevaient de l’injure ou de la diffamation.
La loi sur la liberté de la presse permet aux associations de lutte contre les discriminations d’agir en justice contre ces propos. Mousse et Stop Homophobie entendent continuer à le faire, chaque fois que des personnes sont visées en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.
« Désigner les personnes homosexuelles comme un danger sanitaire et appeler à les enfermer n’est pas une opinion : c’est un délit. Aucune crise sanitaire ne justifie de faire d’un groupe de personnes un coupable ou une menace. »
Étienne Deshoulières, Avocat des associations
CONTACT PRESSE :
Étienne Deshoulières, avocat en droit du numérique et droit des discriminations
Tél. : 01 77 62 82 03 – contact@deshoulieres-avocats.com
REPÈRES JURIDIQUES :
- Tribunal correctionnel de Paris, 17e chambre, 3 novembre 2026
- CEDH, grande chambre, Sanchez c. France, 15 mai 2023, n° 45581/15
- Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, articles 24 et 33


